GakondoRutegaminsi Fils de Tegeraprésentée par
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Ce conte relate les aventures d'un jeune homme, Rutegaminsi fils de Tegera, qui entreprit un voyage "vers l'autre côté du monde", à la recherche de la jeune fille à qui son père l'avait fiancé avant sa naissance. Pendant ce périlleux voyage, bénéficie de l'aide de divers petits êtres à qui son père, trappeur de son état, avait rendu service. Ce texte est basé sur la version du conte publiée dans Pierre Smith, Le Récit populaire au Rwanda, Armand Colin, 1975, p. 196).
Les Fiançailles mystérieuses Un jour, cependant, le père Tegera fit la chose la plus excentrique de toute sa vie: ayant réuni sa famille, ses voisins et ses amis, il leur annonça qu'il comptait demander, pour son fils non encore né, la main d'une jeune fille qu'il ne connaissait pas, car elle habitait une terre très lointaine..."Ou donc", firent les invités? "Au bout du monde!" Personne ne sut que penser ni que dire, car cela dépassait la mesure. Moins d'un an après cette étrange réunion, le trappeur mourut. Quelque temps après sa mort, sa femme donna naissance à un fils, et le nomma Rutegaminsi, comme son père l'avait dit. L'enfant grandit normalement. Un jour, on lui raconta l'histoire de son père et de la soi-disant fiancée qu'il était supposé l'attendre quelque part. Il pensa tellement fort à cette fiancée, qu'il finit par en tomber éperdument amoureux. Par moments, il croyait entendre sa voix qui l'appelait à elle. La nuit, il rêvait d'elle, et faisait de grandes randonnées oniriques en sa présence. Finalement, il résolut de se mettre à sa recherche. C'est ainsi qu'un bon matin, s'étant levé avant l'aube, il fit ses adieux à sa mère, sortit de sa maison et, ne sachant quelle direction prendre, il se dirigea vers le levant, marchant droit devant lui. La taupe Au petit matin, il se reposa un moment sur le bord du chemin. C'est alors qu'une taupe sort de son trou, le salue poliment et lui annonce qu'elle a bien connu son père, avant sa mort. Le jeune homme lui rend son salut. - Mais où vas-tu donc, jeune homme, de si bonne heure? Et la taupe lui raconta toute l'histoire, et vanta la gentillesse de son père envers les taupes. Le jeune homme remercia de nouveau sa nouvelle amie, qui se mit immédiatement au travail, aidée de toutes les taupes du voisinage. Elles creusaient si vite que la terre volait de toutes parts. Bientôt, le jeune homme fut invité à s'engager dans le tunnel ainsi pratiqué, et suivant les taupes pas à pas, il traversa la terre de part en part, et déboucha de l'autre côté. "Nous y voilà! dit la reine taupe triomphalement! Te voilà à présent de l'autre côté du monde! Bonne chance, et j'espère que tu trouveras bientôt ta belle", dit son amie, un large sourire découvrant ses drôles de dents. Le jeune homme secoua ses habits pour les débarrasser de la terre du tunnel, tout en regardant autour de lui dans l'espoir d'apercevoir la maison de sa fiancée, celle qu'il avait vue en rêve. Malheureusement, il ne pouvait rien distinguer, car une étrange lumière, ou plutôt une lueur brumeuse, enveloppait ces lieux. "Regarde! Là-bas!", dit la taupe. D'abord, il ne put rien distinguer, mais bientôt, à force de cligner des yeux et de se concentrer, il crut apercevoir, au loin, dans la direction indiquée par la taupe, comme une figure féminine. Il parvint à focaliser son regard, et un court instant, réussit à pénétrer cet étrange brouillard, et la vit lui faire un signe de la main, comme l'appelant à elle. Il allait s'élancer impétueusement lorsque la taupe le retint. "Oh! Là! Attention à toi!" Alors il vit devant lui un abîme immense, dont on ne voyait pas le fond. - Que vais-je faire ! Il doit y avoir un passage, un pont! Entre-temps, la vision avait disparu, et la brume lui paraissait impénétrable. Il ne savait même plus dans quelle direction la jeune femme lui était apparue. "Au fond de cet abîme, il y a une rivière. Mais tu ne peux pas la traverser, et il n'y a de pont nulle part. Je ne puis rien faire pour toi au-delà de cet endroit, car ici s'arrête mon royaume. Cependant, ne désespère pas, mais reste ferme dans ton propos. Ton père a des amis partout, même dans ce lieu désolé...", dit la taupe, avec un sourire énigmatique. Le jeune homme remercia de nouveau la taupe, qui prit congé de lui sans plus attendre. Il se mit alors à chercher de quoi faire un pont, afin de pouvoir traverser l'insondable abîme, d'où sortait maintenant d'étranges bruits... Mais tout dans cet horrible lieu était étrange, sa végétation si bizarre, qu'il ne trouva rien qui puisse lui servir à construire ne fût-ce qu'une corde. Il abandonna l'entreprise, s'assit dans un coin, et tenta de nouveau d'apercevoir sa fiancée, mais le brouillard semblait s'être épaissi, et il ne put rien distinguer. L'araignée Il commençait à perdre espoir lorsque soudain, quelque chose se mit à frémir devant ses yeux. C'était une petite araignée. Elle se tint devant lui, en équilibre sur un seul fil de sa toile, le salua poliment, et lui demanda ce qu'il faisait là, tout seul, en ce lugubre endroit. - Je tente de trouver un moyen de traverser cet abîme, afin de retrouver ma fiancée de l'autre côté. La petite araignée se dirigea vivement au bord de l'abîme, et se mit à tisser une toile. Elle travailla patiemment et méthodiquement, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue de l'autre côté de l'abîme. Le jeune homme regarda, et vit que l'araignée avait jeté un pont sur la rivière, dont les bouillonnements, ajoutés à l'incessant brassage des brumes alentour, coloraient richement l'évanescente construction. Un pont ! Mais un pont en toile d'araignée. - Viens, donc! Traverse", disait l'araignée, en l'encourageant de la voix Mais le "pont" n'avait pas plus de consistance qu'un arc-en-ciel. Point rassuré, le jeune homme était sur le point de refuser, lorsqu'il entendit, ou crut entendre, quelqu'un l'appeler par son nom, et il reconnut la voix de sa fiancée, la voix qu'il avait si souvent entendue en rêve. Alors il n'hésita plus, et suivit son amie l'araignée, qui était revenue à sa rencontre, et se trouvait au milieu du "pont". Bientôt, ils se retrouvèrent sur l'autre rive. Malheureusement, il n'était guère au bout de ses peines. En effet, dès qu'il eut accosté à l'autre rive, il ne trouva plus âme qui vive ! L'endroit semblait désert. Il se tint là, dans la confusion, ne sachant plus que faire. Il n'apercevait aucun chemin, aucun sentier, et, il ne savait pas s'il fallait tourner à gauche ou à droite. L'araignée, qui ne pouvait plus rien faire pour lui, avait pris congé de lui, disparaissant dans l'obscurité. Soudain, un rayon de lumière tomba à ses pieds, le salua poliment et se présenta comme un ami et un obligé de son père. "Ton père", dit-il au jeune homme muet de surprise, "m'a tiré d'un buisson qui me tenait prisonnier. Je sais ce que tu cherche. Suis-moi, et je te montrerai le chemin de la Maison de ta fiancée". Le jeune remercia vivement le rayon de soleil, et le suivit. A quelques mètres se trouvait un chemin, et il le suivit, jusqu'à la maison de sa belle-famille, qui semblait l'attendre, et l'accueillit chaleureusement. Epreuves prémaritales Cependant, après ces premiers moments de joyeuses retrouvailles, la fiancée s'était éclipsée, et le jeune homme ne la vit plus de toute la journée. On l'avait conduit vers une petite maison dans un coin de la propriété, qui devait être son logement pendant sa visite. Mais de fiancée, point de trace. Personne ne vint le voir. Le soir, un serviteur lui apporta son repas, et se retira sans un mot. Il se préparait à manger lorsqu'une petite mouche se présenta devant lui, le salua poliment, et l'avertit solennellement de ne pas toucher à la nourriture. " Ton père m'a tiré d'un méchant piège, et je lui dois de te prévenir: Les gens de ce pays ne mangent pas. Ils prennent seulement un peu de lait. Si tu manges ce repas, il ne te sera plus permis d'épouser ta belle fiancée. Ceci est un test, une épreuve". Ayant dit cela, la petite mouche le quitta. Il laissa la nourriture de côté, but le lait, et se coucha, perplexe. Le lendemain matin, on l'envoya chercher de bonne heure, et son futur beau-père lui montra un grand troupeau de vaches, avec ordre d'identifier celles que son père avait données en gage de fiançailles. "Mais comment les reconnaître", se dit-il en son cœur, "Elles furent amenées avant ma naissance!" Pendant qu'il regardait nerveusement le troupeau, ne sachant que faire, un pique-bœuf vola vers, le salua poliment et lui dit: "Je suis un ami de son père. J'étais là lorsqu'il amena les belles génisses de fiançailles. Tu n'auras qu'à désigner celles sur lesquelles je me poserai". Le jeune homme appela son beau-père désigna alors les vaches sur lesquelles le pique-bœuf s'était posé. Le beau-père hocha silencieusement la tête. "Je te donnerai ma fille en mariage, mais il te reste encore quelques autres tâches à accomplir. Je désire m'assurer que tu seras en mesure de t'occuper de ta future famille". Pour sa première tâche, on remit au jeune fiancé des outils agricoles, ainsi qu'un panier rempli de grain, on le conduisit vers les champs, et on lui désigna une grande parcelle à cultiver et à semer. La parcelle était envahie de chiendent, d'orties, d'épines et de mauvaises herbes en tous genres. "Où vais-je commencer? Comment pourrais-je terminer un travail si immense avant la tombée de la nuit?", se demandait-il, un peu découragé. Mais une armée d'animaux de toutes espèces se présentèrent devant lui, le saluèrent poliment et se proposèrent de l'aider, pour l'amour de son père qui leur avait tous rendu des services signalés. Les uns broutèrent et arrachèrent les végétaux, les autres se mirent à retourner la terre, et le jeune homme se contenta de répandre la graine. Bientôt le travail fut accompli. Le jeune homme remercia ses amis les animaux, et retourna à son solitaire logis. Le lendemain matin, on lui montra un chantier, avec une maison dont seule la charpente était construite. Il devait la couvrir et la terminer le même jour, car ce serait sa maison d'homme marié. Il se rendit sur les collines voisines à la recherche de paille de couverture. Il en coupa une grande quantité, mais il ne sut comment la transporter jusqu'au chantier. Pendant qu'il se tenait là, perplexe, un petit vent se leva et s'approcha de lui, le salua poliment, se présenta comme l'ami de son père, et offrit de transporter la petite montagne de paille. "Tu n'auras plus qu'à monter sur le toit et arranger les bottes que je vais te lancer", dit le petit vent. Sitôt dit, sitôt fait. Sa belle-famille fut impressionnée d'une telle rapidité, alliée à tant de soin dans l'exécution de travaux aussi spécialisés. Les ultimes épreuves Le lendemain matin, on lui remit une hache, et on le conduisit au pied d'une colline des environs - une colline plutôt escarpée, rocailleuse.. On lui montra un grand rocher, avec ordre de le fendre en petits morceaux. - Et pourquoi faire, demanda-t-il? Resté seul, il se demandait comment fendre la roche et la débiter pour "bois de chauffe", transporter ensuite les morceaux dans la nouvelle maison qu'il avait terminée la veille, afin que l'on procède à son inauguration. Il commençait à se décourager lorsqu'un petit éclair vint se poser devant lui. - Bonjour! dit le petit éclair poliment. Ca ne va pas? Ah! Je vois! Mais ne t'inquiète pas. Je suis un ami de ton père, et je vais t'aider. Il m'a rendu un grand service autrefois. Alors, le jeune homme entendit une étrange série de sons, et la roche se fendilla en planches minces et droites. Le jeune homme écarquilla les yeux, puis s'assit, car la tête commençait à lui tourner. Le petit éclair salua avec élégance, et s'envola vers le ciel. Il s'agissait maintenant de trouver le moyen de transporter ce fagot minéral, jusqu'au sommet de cette colline si escarpée. "Comment transporter tous ces éclats de coche sans récipient, et sans corde pour les lier?" "Oh! Ne t'en fais pas pour ça, mon jeune ami! dit une voix étrange. Je vais t'aider!" , Le jeune homme regarda autour de lui, et aperçut une forme triangulaire émergent de derrière un promontoire rocheux. C'était la tête d'un inciira, un cobra, le serpent royal. Pendant qu'il et commençait à ramper en sa direction, il disait: "Je suis un ami de ton père. Je viens juste de te reconnaître", dit le cobra avec un sifflement amical, tout en se déroulait lentement vers lui. "Ton père m'a rendu maints services, et je crois que je ferais mieux de t'aider. Voilà! Voilà", ajouta-t-il en s'allongeant à côté des morceaux de roche. "Tu ce que tu as à faire, c'est de ranger ce joli fagot sur mon corps, bien proprement, comme si j'étais une corde. Je m'enroulerai ensuite tout autour, et tu n'auras plus qu'à soulever le fagot et à le transporter en ta maison, tout là-haut". Le jeune homme fit comme le cobra royal venait de lui dire. Bientôt les pierres de feu furent déposées à la nouvelle maison. Cette dernière épreuve avait beaucoup fatigué notre jeune héros, et il mit quelques jours à s'en remettre. Alors, son beau-père l'envoya chercher, le félicita de son succès, car il avait accompli toutes les tâches et réussi toutes les épreuves. Il ne restait plus qu'à préparer la cérémonie du mariage. "Ah! , ajouta le beau-père. Il reste juste une toute petite chose, jeune homme. Il te faut reconnaître ta fiancée". Alors, on le conduisit dans une petite cour, dans laquelle il trouva un groupe de jeunes filles, toutes également belles, toutes habillées de la même manière. Le jeune homme les regardait l'une après l'autre, désespérant de jamais reconnaître sa fiancée, lorsqu'un papillon doré s'approcha de lui, le salua poliment et murmura dans son oreille : "Je suis un ami de ton père. Ne panique pas tant! Suis-moi du regard, et je t'indiquerai ta fiancée". Le petit papillon voltigea légèrement et alla se poser sur les longs cils de l'une des jeunes filles, qui tenaient toutes les yeux baissés. Alors, elle releva les yeux et le regarda: "C'est elle! s'écria-t-il. C'est elle, ma fiancée! Je la reconnais, pour l'avoir si souvent vue en songe!" "Bravo!", cria la maisonnée à l'unisson! Et l'on commença à préparer les noces. |
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