Gakondo

Les Rituels de l'Ubwiru

présentée par
Rose-Marie Mukarutabana


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La Voie de l'Inconvenance

  Lorsque la situation est devenue normale,
  C'est-à-dire que le roi est mort,
  Un Umutsoobe* lui coupe les ongles et le rase.
  S'il ne sait pas le faire lui-même,
5   Il en fait le geste et charge de raser un autre qui en est capable.
  Il ne rasera plus d'autres rois,
  Ni fils de roi,
  Ni d'autre Nyiginya* quelconque ;
  Il ne rasera plus d'autre homme du tout.
 
10   On rase la huppe du roi sans la disjoindre,
  On la pose sur un morceau d'étoffer d'umutaaba
  En la tenant soigneusemen, et on range le tout.
  Le descendant de Ndunguste* vient
  Enfoncer la cloison centrale de chez Cyirima*,
15   Et l'on répond : «Qu'y a-t-il ?»
  Il répond : «Le roi est mort.»
 
  L'habitant du Kabagari* apporte un couteau à deux tranchants avec lequel on a obtenu des présages favorables d'un mouton ;
  Il pratique quatre incisions sur Karinga*
  En disant : «Ton maître est mort,
20   Mais nous t'en donnerons un autre.»
 
  Et de même sur tous les tambours dynastiques.
  Le descendant deNdungtse* vient
  Arracher le pilier aux lances.
  On ôte des maisons la perche terminale
25   Et un montant de l'entrée de l'enclos.
  On éloigne les taureaux des vaches et les hommes des femmes,
  Et de même chez tous les autres êtres.
 
  On s'en va au lieu où l'on boucane.
  On fait sortir de chez lui un membre d'un clan
30   Ayant une grande maison.
  On ôte de celle-ci les cloisons et les piliers.
  On construit au centre de la maison un lit incliné
  Et on creuse sous celui-ci.
 
  Les taureaux du roi, on les sacrifie à cet endroit.
35   Un taureau des Honorables*,
  On en met la peau à sécher verticalement
  Sans étirer les côtés
  Au moyen de cordes de ficus umutaaba.
  On y sacrifie aussi un bélier
40   Et on étend dessus une natte d'urukangaga.
 
  Un Umutsoobe* pur vient
  Traire le lait des Honorables* pour le roi
  Dans la paume droite de celui-ci.
  On appuie sur celle-ci sa tempe droite.
45   On allume du feu des deux côtés.
  Et l'on grille les dites viandes (XV, 34, 35, 39) et les dites graisses.
  On frotte plusieurs fois la paume du roi,
  Sa tempe et son sein.
 
  Les vachers qui doivent remplir le pot igicuba des Honorables*,
50   On les trait et l'on baratte leur lait.
  On enduit le cadavre ;
  On étend tous les membres,
  Sauf ce bras droit.
  On relève aussi les paupières,
55   On replie la langue dans la bouche
  Et on presse son ventre.
 
  Quand finalement il donne naissance à quelque chose,
  Celle-ci sort de la main,
  Ou de la tempe,
60   Ou du sein.
  Quand la chose sort, on pousse des acclamations.
  Quand il a vu à quoi il a donné naissance,
  On lui rabat les paupières,
  On met sur lui une queue de lièvre,
65   On met sur lui un peau d'imbaka
  Et on la pose sur le haut de son dos.
 
  La peau du taureau Rusanga* des Honorables*,
  On l'enroule autour du roi.
  Sur ses jambes, on met la peau
70   Du bélier Rusanga*.
 
  S'il donne naissance à des rivaux,
  On en retire un ver,
  On met celui-ci dans un pot igicuba en umurinzi
  Et l'on verse dedans le lait des Honorables*.
 
75   Pour les autres, on apporte de la graisse,
  On y met le feu et on les brûle
  Sur un objet où on les a recueillis.
 
  S'il a donné naissance à un seul ver,
  Les choses en restent là.
80   S'il a donné naissance à des rivaux,
  On procédéra à la voie de la compétition.
  On apporte plusieurs fois le dit lait (XV, 74)
  Et l'on en ajoute chaque fois un peu
  Dans le dit pot igicuba (XV, 73).
85   Ensuite on croise les bras
  Et l'on met les paumes aux épaules.
 
  Le corps s'en va dans un gîte royal
  Et le maître de l'enclos fait l'accueil
  En tenant un arc et une fléchette à saignée.
90   Ils se croisent à l'entrée de la maison
  Et l'homme marche sans regarder en arrière.
 
  Le lendemain, on lui délimite un terrain.
  Il bâtit face à l'ancien enclos,
  Puis il surveille celui-ci pour qu'il n'en sorte pas une seule pièce de bois.
95   Le cadavre va à Rutare*,
  Où il arrive quand on achevé un enclos.
  Il va dans la maison de la cour arrière.
 
  Ce lieu est surveillé par des gardes sans cesse relevés
  Qui s'asseyent seulement, sans se coucher.
100   La maison principale sert à la traite.
  On apporte le dit pot igicuba de la multiplication (XV, 73, 84),
  Qui précéde toujours le roi dans ses voyages,
  Et il reste là.
  On continue de verser jusqu'à ce que le pot soit plein.
105   Les mois passent au nombre de quatre.
 
  Le jour où l'on rase les enfants de la cour (XVII, 824-827),
  Des boissons sont arrivées de la cour,
  Bière de sorgho miellée et hydromel,
  Ainsi qu'une défense d'éléphant.
110   On fait chercher une vache laitière
  Du Vengeur*.
 
  On creuse dans cette maison (XV, 97) un abreuvoir.
  Les deux dites boissons vont devant le roi dans la tombe
  Et l'on dit : "Voici des boissons. Puisse le roi avoir toujours des boissons!"
 
115   On apporte la défense d'éléphant (XV, 109)
  Et l'on pose dessus de beaux aspersoirs
  En disant : «Puisse le roi être toujours un éléphant ! (XVII, 917).
  On apporte du lait des Honorables*
  Et on le met devant le roi
120   Couché sur le côté droit.
  Celui du Vengeur* va derrière
  Dans de petits pots inkongooro en umurinzi
  Et l'on dit : «Voici du lait du Vengeur*.
  Ton fils te vengera.»
125   On referme complètement la tombe.
 
  A l'endroit de l'enclos vers lequel le roi tourne le regard,
  On creuse et l'on enterrre le dit pot igicuba (XV, 73, 84, 101).
  On apporte des ficus et des roseaux
  Comme on le fait d'habitude
130   Lorsqu'on enterre un sacrifice.
 
  Près des saillies supérieures de la paroi,
  Vers lesquelles le front du roi est tourné,
  On plante rituellement un umutaaba et une érythrine
  Qui serviront plus tard d'oratoire,
135   En sorte que l'on sache toujours
  Vers où son front est tourné.
 
  On ferme la dite maison avec une cloison en ingese
  Et on pratique deux ouverture dans cette dernière.
 
  On passe quatre ans.
 
140   On sape l'armature de la dite maison (XV, 97, 112)
  Pour qu'elle s'effondre rapidement, tant que les gardes y sont encore.
 
  Quand la quatrième année est passée,
  La cour envoie de la bière
  De sorgho miellée et de l'hydromel,
145   Ainsi qu'un taureau et une vache stérile.
  On fait aussi chercher des vaches à distribuer comme récompense
  En nombre égal à celui des ritualistes : quatorze.
  L'Umutsoobe* vient
  Réciter à l'adresse de l'ancêtre désigné comme favorable
150   La formule suivante : "Voici les boissons d'Untel,
  Bière de sorgho miellée et hydromel.
  Voici un taureau, voici une vache stérile.
  Vaincs pour ton pays ! "
 
  L'Umutsoobe* se met en route.
155   Lorsqu'il arrive à Rutare*,
  Il remet le tout au conservateur du cadavre, qui fit les offrandes.
  Il commence par s'egenouiller devant la dite maison
  En disant : "Sois favorable, un tel !
  Voici les boissons que le roi t'envoie,
160   Bière de sorgho miellée et hydromel.
  Voici un taureau, voici une vache stérile.
  Voici tes guerriers qui ont guerroyé avec toi.
  A présent, ils sont revenus de la guerre pour toi.
  Voici des récompenses."
 
165   Le conservateur du cadavre fait les offrandes.
  Quand c'est terminé, il s'agenouille
  Et dit : "J'ai guerroyé avec toi.
  Maintenant je suis revenu de la guerre pour ton fils ; je te dis adieu."
  L'Umutsoobe* dit : "Voici les récompenses
170   Que la cour te donne."
 
  Chaque ritualiste vient
  S'agenouiller et dire adieu.
  Le conservateur du cadavre offre les récompenses.
  Les gens s'en vont et reviennent à proximité de la cour.
175   On leur offre des domaines,
  Mais ils ne pénètrent pas à la cour.
 
  Le tambour des saluts du roi, avec lequel ils ont guerroyé
  Et qui était toujours lié dans la maison principale,
  Revient de l'expédition avec le dit l'Umutsoobe* qui a trait.
180   Celui-ci le garde dans son domaine.
  S'il s'agit de rois vachers,
  Celui qui a abreuvé reste à Rutare*.
  Les Nyaatwa* vivent près de lui comme précédemment.
 
  Quand Mutara* mourra
185   On le boucanera à Museke*-lez-Kabuye*
  Et de là il ira à Joma* de Ruhanga.
  La nuit du jour où l'on se rase à la cour,
  On enterre Cyirima* à Rutare*.
  Mutara reste à Joma*.
 
190   Kigeri* avait été intronisé dans le Bwanacyambwe*.
  La nuit du jour où il a traversé pour venir dans le Nduga*,
  Mutara* traverse à Kinani*
  Afin de venir trôner pour les vaches à Gaseke* (IX, 806).
 
  A ce moment Rugabo* quitte les Abakoobwa*
195   Et vient saluer à Gaseke* (IX, 804-806).
  Si sa peau a vieilli,
  On le couvre avec celle d'une vache du Langage*,
  De chez Rwangampuhwe*.
  Gishyoza* revient trôner (IX, 802).
 
200   On procéde de même pour la reine-mère,
  Mais la différence est la suivante :
  Elle n'a pas de queue de lièvre (XV, 64) ;
  Elle va dans une peau provenant des Honorables* ;
  Douze femmes vivent près d'elle
205   Pendant deux ans,
  Plus les deux mois de deuil ;
  Elle n'a pas de défense d'éléphant dans sa tombe (XV, 115-117) ;
  On ne lui donne pas de peau d'imbaka (XV 65)
  Ni de lait du Vengeur* (XV, 123-124) ;
210   On la ceint d'une étoffe d'umutaaba ;
  Elle doit aller où l'on a enterré son mari.


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